vendredi 26 juin 2015

Je ne fermerai pas ma gueule!

Je suis épuisée. Epuisée par ces gens qui pensent qu'on peut absolument tout dire, même les choses les plus horribles. J'en ai assez de ces personnes qui pensent qu'on les censure quand on dit que quelque chose est problématique. Et je suis déprimée par ces autres personnes qui disent aux militant-e-s féministes ou anti-racistes (entres autres) qu'iels exagèrent quand un truc ne va pas.

J'en ai fait l'amère expérience il y a quelques jours, quand j'ai vu un événement Facebook qui "parodiait" les défis "30 jours pour avoir un corps de rêve". "parodiait" entre guillemets, parce que faire de la grossophobie pour dénoncer les diktats de beauté, c'est pas vraiment de la parodie. C'est même très dérangeant. Je me suis permis de leur poster un message, et d'engager une discussion avec des personnes qui approuvent cet événement. Admirez la conversation...
Entre le point "je suis suis humourophobe", et le point "ma mère est obèse, et elle m'a dit d'en rire", j'ai eu du mal à faire comprendre que non, perpétuer les clichés à propos des personnes en surpoids ou obèses n'est pas un moyen efficace de lutter contre la norme du corps mince et tonique. Des étudiantes en communication on tenté la même chose, et ça n'est pas du tout bien passé. Je parle du projet "Grosse et Dépressive", et Belinda Georges explique très bien pourquoi c'est malaisant.

Si il n'y avait que ça...
On a eu droit à un tweet bien sexiste de la part de l'Express pour le premier jour de soldes.

Ouais, sympa l'image de la femme qui se triture les méninges, genre elle est complètement teubée et incapable de faire un simple calcul de pourcentage... On est d'accord que c'est un peu puant?
Et pour dénoncer ça, quelqu'un (que je ne citerai pas ici, pas envie de me faire lyncher) poste ce tweet:

Même mécanisme que précédemment: ce tweet est une "parodie" du tweet de l'Express. Sauf qu'il n'y a rien de parodique si on s'en réfère à la définition de la parodie d'après Wikipédia:

"Forme d'humour qui utilise le cadre, les personnages, le style et le fonctionnement d'une œuvre pour s'en moquer. Elle se base entre autres sur l'inversion et l'exagération des caractéristiques appartenant au sujet parodié"
Sauf que, dans les deux cas, il n'y a pas de parodie. Faire dans le sexisme ordinaire pour dénoncer le sexisme d'un tweet, ou faire dans la grossophobie pour dénoncer les normes de beauté, ce n'est pas dénoncer une oppression.

On ne dénonce pas une oppression en étant soi-même oppressif ou oppressive. Et c'est tout à fait normal que des concerné-e-s par ces oppressions se lèvent pour dire à quel point ça peut être insultant. Mais le pire dans tout ça, ce sont des gens qui sont persuadé-e-s d'être dans leur bon droit, parce que "une féministe a trouvé ça marrant" ou "une personne obèse a dit d'en rire". ça, c'est ce qu'on appelle une caution, vous savez, un peu dans le genre "je ne suis pas raciste, j'ai un-e ami-e noir-e". Et ce n'est pas parce que vous avez trouvé une caution que c'est marrant. Si un-e concerné-e dit que c'est insultant/blessant/problématique/oppressif, c'est que ça l'est peut-être non?

Soit on dessert notre cause, soit on a une sensibilité d'un enfant de trois ans, soit on essaie de censurer une personne. Bon, demander un minimum de respect ce n'est pas censurer, ce n'est pas être trop sensible. Et l'argument "vous desservez votre cause", c'est du splaining: si vous n'êtes pas militant-e, ce n'est pas à vous d'expliquer comment mener une lutte.

J'en ai assez qu'on me dise que je suis faible parce que je refuse qu'on me marche sur la gueule. J'en ai marre de ces chevaliers de la liberté de rire de tout ou de ces "Charlie" qui, sous prétexte de liberté, se permettent de cracher à la gueule des gens. En fait, on doit fermer nos gueules pour vous laisser cracher sur les gens pour le LOL! Et bien ne comptez pas sur moi!

jeudi 16 avril 2015

Le harcèlement de rue (épisode "les meufs exagèrent!")

J'avais écrit un article sur le harcèlement de rue (HdR) en octobre 2012 (lire ici). Deux ans et demi plus tard, pas grand chose n'a évolué, le HdR est toujours autant présent. Mais des associations de lutte ont vu le jour, d'autres ont bénéficié d'une visibilité plus forte après le reportage de Sofie Peters.

Je vais en reparler ici, par rapport au hashtag #PlutôtSympa sur Twitter, qui a vu le jour après un tweet de Sophie de Menthon (Jetez un coup d'œil au Tweet de @SdeMenthon). Sur ce hashtag, des centaines de jeunes femmes ont raconté une expérience de HdR qu'elles ont vécu dans les transports ou dans la rue. Parce qu'elles estimaient que le tweet de madame de Menthon était déplacé et que ça minimisait ce phènomène. Ben oui visiblement le constat mis en évidence dans le rapport du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, puisque la conclusion du rapport est que: 100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes, au moins une fois dans leur vie, d’agression ou de harcèlement sexuel. Chaque fois qu'on aborde ce sujet, la première chose qu'on nous dit, c'est que "les femmes exagèrent"! Ah. Ben. D'ACCORD.